L’homme rune – Peter V. BRETT (Le cycle des démons Tome 1)

Voilà un livre dont j’étais impatiente de parler ! Et pourtant, j’avoue avoir hésité à le prendre. Je l’ai vu dans le rayon, attirer par la couverture (on l’avait mis devant) et je m’en suis aussitôt saisi pour lire le résumé. Plutôt séduite, j’ai été refroidie pour la première fois de ma vie en voyant la mention « cycle ». Le dernier livre comportant une suite dans lequel je m’étais engagée, j’avais adoré le premier tome, mais n’avais pas du tout accroché sur le deuxième. Avais-je envie de m’investir de nouveau à ce point ? J’avais de quoi lire dans ma grotte, et en quantité… J’ai passé mon chemin, mais après quelques minutes d’errances, je n’arrivais pas à me le sortir de la tête, et je suis retournée le chercher. Je ne le regrette pas.

« Il y a parfois de très bonnes raisons d’avoir peur du noir… Dans le monde du jeune Arlen, dès que le soleil se couche, les démons sortent de terre et dévorent les êtres vivants. Le seul espoir de survie : s’abriter derrière des runes magiques qui repoussent ces monstres et prier pour qu’elles tiennent jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Seule une poignée de Messagers bravent la nuit au péril de leur vie pour relier les hameaux dont les habitants ne s’éloignent jamais. Mais lorsqu’une terrible tragédie le frappe, le jeune Arlen décide qu’il ne veut plus vivre dans la peur : il quitte sa ferme et part sur les routes en quête d’un moyen de se battre contre les démons et de les vaincre.»

La couverture attire l’œil, du moins, elle a attiré le mien. Je la trouve belle malgré une créature qui, on ne va pas se mentir, ne passerait pas les sélections d’un concours de beauté. ^^ Le héros me paraissait bien frêle et jeune en comparaison, et je me suis demandé comment le bout de rocher sur lequel il se tenait faisait pour rester en équilibre. Et puis, j’ai eu beau voir le cercle protecteur, je me suis dit : « si ton perchoir tombe, mon bonhomme, runes ou pas, tu es dans le ****… » ^^ Mais il y a un souci, car, même si je reconnais le héros, la scène, le démon, et qu’ils ont largement leur place en première loge… Le lieu, lui, en revanche… Arlen n’a jamais été en équilibre sur ce caillou, et même si ça rajoute un sentiment de danger à l’illustration, c’est dommage de nous montrer une scène qui, au final, du coup, n’existe pas vraiment. Petite pointe de déception, donc, car je ne saurai jamais s’il est tombé, et comment il s’en serait sorti si ça avait été le cas.
Le résumé est accrocheur, il présente bien le monde, mais je ne le trouve pas tout à fait fidèle non plus : car lors de son départ, même s’il évoque déjà ce fameux moyen de combattre les démons, Arlen ne le recherche pas encore clairement, et il se passera quelques années avant qu’il ne parte vraiment sur les routes. D’ailleurs, cette quête n’est pas tant que ça mise en avant dans la suite du récit, puisque, si nous sommes présents à un moment crucial, nous n’en vivrons pas le début avec lui, seulement le résultat. De plus, dire qu’il part à cause de la tragédie… Oui, elle est en grande partie responsable, mais Arlen fuit avant tout la lâcheté de son père, et son besoin d’oublier rapidement le drame pour reconstruire sa vie. Bref, efficace, accrocheur, mais.

Nous arrivons dans un univers qui a connu des jours meilleurs :  la science était plus présente, les hommes plus nombreux, et ils colonisaient davantage leur monde ; seulement, les chtoniens sont arrivés. Quand on sait que rien ne les arrête, mis à part le soleil et les runes, et qu’il a dû falloir un certain temps pour élaborer ces dernières… Je vous laisse imaginer le massacre initial ! Heureusement, depuis leurs découvertes, les humains peuvent protéger leurs maisons le soir venu, mais gare à ceux qui mettent le pied sous le ciel nocturne ! Et les protections ne résistent pas toujours face aux attaques incessantes des chtoniens… Il existe plusieurs types de démons, un peu comme les Pokémons, mais en moins gentils. ^^ Le feu, le bois, la pierre, le sable, l’eau… il y en a pour tous les goûts, et surtout, pour tous les habitats. Pas de jaloux, on a dit ! Autrefois, le Libérateur a créé des runes pour combattre les démons, et il mena les hommes à la bataille, leur offrant la paix. Mais avec le temps, le Libérateur est parti, ses runes se sont perdues, et les chtoniens ont fini par revenir en masse. Eh oui, la prochaine fois, prenez des notes ! Ça peut toujours servir… ^^
Nous commençons l’histoire en compagnie du jeune Arlen, et pendant trois chapitres, c’est lui que nous suivons (à la troisième personne). Je m’attendais donc à un récit à une seule voix, surtout qu’aucun autre personnage majeur n’était évoqué dans le résumé… Mais, surprise, au chapitre quatre, nous changeons de point de vue. Je vous avoue que j’ai eu peur. Et puis, ce n’était pas dans le contrat ! ^^ Heureusement, je me suis aussi bien attaché à ce personnage qu’au premier : ouf ! Et quelques chapitres plus tard… Paf ! Un troisième ! Mais heu ! ^^ Tout va bien cependant, du moins, pour ma part, car j’ai apprécié les trois, même si je dois reconnaître que c’est toujours un peu frustrant de suivre un personnage plusieurs chapitres, puis de passer à un autre. Ça pourrait être gênant si le lecteur accrochait moins sur l’un que sur les autres, car, mis à part le petit dernier, c’est une alternance plutôt longue, sur plusieurs chapitres, donc.
Avant de passer aux personnages à proprement dit, je tenais à vous parler de la plume de Peter V. Brett. Il est dit qu’il s’agit de son premier roman, mais je ne l’ai pas senti. L’écriture est simple, mais fluide, j’ai toujours replongé dans son univers avec facilité. J’avais du mal à lâcher le livre. ^^

J’ai essayé de vous parler de l’histoire sans les personnages, mais c’était très compliqué : ils y sont intimement liés, et pendant la majeure partie du livre, ils ne se rencontrent même pas. L’avantage c’est qu’on les voit vraiment grandir, se construire, ce que je trouve très intéressant. Arlen commence le récit à onze ans, Leesha à treize, et on découvre le petit Rojer dès ses trois ans. Ce n’est pas dénué d’action, et je ne me suis pas ennuyé un seul instant, mais ça donne néanmoins une phase d’introduction relativement longue, qui pourrait en lasser plus d’un.
Arlen, donc, vit dans un petit village avec ses parents. On sent dès le début que c’est un petit bonhomme courageux, en manque d’aventure, et un peu rebelle. Le genre à s’éloigner autant qu’il peut pour explorer les environs, et à devoir revenir en courant dans le jour qui décline pour se mettre à l’abri des runes qui protègent la ferme de ses parents. En dehors des horreurs qui viennent frapper à sa porte nuit après nuit, il a un début de vie plutôt classique, jusqu’à ce qu’une attaque fasse des dégâts dans son village et qu’une rescapée hébergée par ses parents oublie de rentrer le chien… J’aime les animaux, de tout mon cœur, mais je crois que j’aurais laissé le chien. :O Si vous me prenez pour un monstre, retournez jeter un coup d’œil à celui de la couverture… ^^ Évidemment, aucun personnage n’a écouté mes mises en garde, et ce qui devait arriver arriva. Oui, ça veut dire que je ne le dirais pas, même si c’est très facile à deviner. Le père d’Arlen lui avait fait une promesse : le cas échéant, il se battrait pour défendre les siens. Il semblait y croire, mais il s’est menti à lui-même autant qu’il a menti à son fils, et ne voulant pas d’une vie de lapin en cage en attendant qu’on vienne le tuer, et en regardant mourir les autres, Arlen s’enfuit. Riche idée, n’est-ce pas ? Parce que : plus d’abris ! En route, Arlen sera secouru par un ami, un Messager et son jongleur trouillard, rencontré il y a peu dans son village. Mais il s’en fera aussi un autre : le gros Pokémon en couverture… Oui, là, on aurait préféré garder le chien ! ^^ Surtout que quand je dis « ami », il ne faut vraiment pas le prendre au pied de la lettre… Les Messagers sont les seuls à vraiment prendre le risque de se déplacer, du coup, on s’en doute, Arlen rêve de devenir Messager. C’est parti pour les villes libres !
On rencontre Leesha dans le petit village du Creux du Coupeur où elle vit avec ses parents. Un père aimant, une mère qu’on rêverait voir finir entre les griffes des chtoniens. ^^ Non, vraiment, j’attends le moment de sa mort avec impatience, et rien d‘étonnant à ce qu’il tarde à cette jeune fille de devenir femme, et de pouvoir partir s’installer avec son promis, un certain Gared. Sauf que, pas de bol, ce dernier est loin d’être aussi charmant qu’elle se l’imaginait… (« elle », car moi, je le sentais venir…) Elle sera soutenue par la très vieille Bruna, la cueilleuse d’herbe du village (une guérisseuse) au caractère bien trempé. Elle deviendra son apprentie et réussira même à tenir tête à sa charmante maman. Un personnage plus fort qu’on aurait pu le croire au début, et que j’ai aimé voir évoluer. On pourrait penser, pourtant, qu’elle frôle souvent le clicher : elle attend le bon, voyez-vous, mais je serais très mal placée pour l’accuser de clicher, parce que j’ai fait pareil. Toutefois, si j’ai bien une inquiétude sur la suite de l’évolution d’un des personnages, ce sera bien sûr celui-ci : j’espère que Leesha et son auteur ne se perdront pas en route, surtout qu’elle se remet déjà curieusement vite d’une épreuve à la fin du livre, épreuve qui aurait eu toutes les chances de la traumatiser pour un bon bout de temps…
Et enfin le petit Rojer. Lui aussi vient d’un tout petit village, et dès le début, son père s’inquiète pour les runes de leur auberge, sauf qu’il y a un pont à construire pour le duc, alors, ses préoccupations… C’est un Messager de passage qui viendra finalement à la rescousse, accompagné de son jongleur, un certain Arrick. Je ne suis pas là pour critiquer le travail du Messager, apparemment, il a fait de son mieux, sauf que… Ce n’était visiblement pas suffisant. La mère de Rojer fuit à la cave avec son fils, mais le Jongleur, dans sa peur, lui ôte tout espoir de survie. Heureusement, il sauve quand même le petit. Charmant début pour Rojer qui, du coup, est élevé par l’homme responsable de la mort de sa mère… :/ J’aime particulière le talent de Rojer, qui lui donnera une vraie place dans ce trio, et un moyen de combattre différemment.

Bilan ? C’était très intéressant de voir les personnages se construire. D’habitude, on nous parle de leur passé, on l’évoque ou on nous le fait comprendre, là, nous le vivons avec eux. Alors oui, effectivement, ça donne de longues introductions et une histoire qui tarde à vraiment démarrer, mais pour moi ce n’est pas un défaut, seulement une particularité à prendre en compte. Grâce à ça, je me suis senti très proche des héros, je les comprenais pleinement, et j’ai assisté à leur évolution de manière très naturelle.
L’univers et l’histoire ne sont les plus originaux, j’ai déjà lu et chroniquer au moins une histoire de grosses bêtes qui sortent à intervalles réguliers, mais on n’y racontait pas la même chose, et ça ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture. Pour moi le gros point fort de cet ouvrage restera ses personnages, leur justesse, leurs nuances, leur humanité, tout simplement.

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